Études & Rapports

UBS Global Family Office 2025 : le private equity ne se joue pas de la même façon à New York, Londres et Singapour

Comment 317 family offices gérant en moyenne 1,1 milliard de dollars chacun réallouent leurs portefeuilles entre PE, dette privée et actions cotées. Avec des écarts régionaux spectaculaires et une dette privée qui explose.

Étude UBS Global Wealth Management · Global Family Office Report · Mai 2025 · 6ᵉ édition · Enquête en ligne auprès de 317 family offices clients UBS (patrimoine familial moyen : 2,7 Md$), complétée par des entretiens qualitatifs (janvier-mai 2025)

📋 Sommaire

Les family offices les plus fortunés du monde partagent un point commun : une allocation significative au private equity. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Le rapport UBS 2025 révèle des divergences profondes entre les États-Unis, l’Europe et l’Asie, avec des causes structurelles que tout investisseur privé devrait comprendre. Pendant ce temps, la dette privée double en un an et s’impose comme la classe d’actifs alternative la plus dynamique.

⚡ Les points essentiels

  • Les family offices européens et américains allouent chacun 27% au PE en 2024, contre seulement 11% en Asie du Sud-Est : un écart de 16 points qui reflète des philosophies d’investissement radicalement différentes [1]
  • En Asie du Sud-Est, l’allocation PE ne dépasse pas 11%, avec un cash à 12% (vs 8% en moyenne mondiale) : prudence et liquidité priment [1]
  • La dette privée double à 4% de l’allocation moyenne globale en 2024 (vs 2% en 2023), avec un objectif à 5% en 2025 [1]
  • 70% des family offices identifient la guerre commerciale mondiale comme le risque n°1 en 2025, mais 59% maintiennent leur niveau de risque inchangé [1]

Chiffres clés

27%
Allocation PE des family offices européens et américains (les plus élevées du panel), 2024
vs 11% pour l’Asie du Sud-Est
11%
Allocation PE des family offices d’Asie du Sud-Est, 2024
-16 pts vs Europe et États-Unis (27%)
4%
Allocation moyenne en dette privée, tous family offices confondus, 2024
x2 vs 2023 (2%)
86%
Part des actifs des family offices US investis en Amérique du Nord, 2025
+12 pts vs 2020 (74%)

Ce que révèle l’étude

Private equity : trois continents, trois philosophies radicalement différentes

Les family offices européens et américains partagent la plus forte allocation mondiale au private equity : 27% chacun en 2024. [1] Mais derrière ce chiffre identique, les dynamiques divergent fortement. L’Asie, elle, joue une tout autre partition.

Région PE total Hedge funds Cash
Europe 27% 3% 6%
États-Unis 27% 3% 5%
Moyen-Orient 25% 4% 7%
Amérique latine 17% 7% 6%
Suisse 16% 5% 9%
Asie du Nord 15% 9% 12%
Asie-Pacifique 13% 5% 12%
Asie du Sud-Est 11% 6% 12%
Moyenne globale 21% 4% 8%

Les États-Unis : une conviction PE portée par la profondeur du marché. Les family offices américains consacrent 27% de leur portefeuille au PE, à égalité avec les Européens. [1] Cette allocation élevée s’appuie sur un écosystème PE incomparable en taille : les États-Unis concentrent la majorité du dry powder mondial et le deal flow le plus profond, en particulier sur les segments growth et large-cap buyout. En parallèle, les family offices US maintiennent un cash très bas (5%) et une allocation hedge funds modeste (3%), signe d’une tolérance à l’illiquidité nettement supérieure à la moyenne asiatique. Ce positionnement est cohérent avec un biais domestique marqué : 86% de leurs actifs sont investis en Amérique du Nord. [1]

L’Europe : un écosystème PE mature et diversifié. Les family offices européens allouent eux aussi 27% au PE, avec le cash le plus bas du panel après les États-Unis (6%). [1] Plusieurs facteurs structurels expliquent cette conviction. Le marché européen du buyout mid-cap, profond et diversifié, offre un vivier de cibles que les familles entrepreneuriales connaissent souvent de l’intérieur. Le co-investissement aux côtés de GPs locaux reste accessible à des tickets plus modestes qu’aux États-Unis. Et les valorisations européennes, historiquement décotées par rapport aux US, attirent des family offices qui cherchent un point d’entrée raisonnable. Un CIO de family office européen explique d’ailleurs dans le rapport avoir réduit son exposition aux actions US dès janvier 2025, jugeant les valorisations excessives, pour surpondérer l’Europe et le Japon. [1]

L’Asie : un marché PE encore jeune qui explique des allocations modestes. L’écart le plus frappant se situe en Asie. Les family offices d’Asie du Sud-Est n’allouent que 11% au PE, ceux d’Asie du Nord 15%. [1] La première explication est structurelle : l’écosystème PE asiatique est moins profond et moins mature que ses homologues occidentaux. Le nombre de GPs avec un track record long reste limité, le deal flow mid-cap est plus étroit, et les cadres juridiques (protection des minoritaires, enforcement des pactes d’actionnaires) varient fortement d’un pays à l’autre. Les family offices asiatiques disposent tout simplement de moins d’opportunités PE locales comparables en qualité à celles accessibles en Europe ou aux États-Unis. En contrepartie, ils détiennent 12% en cash (vs 8% en moyenne mondiale) et privilégient les hedge funds : 9% en Asie du Nord et 6% en Asie du Sud-Est, contre 4% en moyenne globale. [1] Le contexte géopolitique renforce cette prudence, avec les tensions autour de Taïwan, l’incertitude réglementaire en Chine et la volatilité des devises émergentes, mais il ne la crée pas : c’est la maturité du marché PE local qui fixe le plafond d’allocation.

Pour un investisseur privé européen, cette lecture régionale est riche d’enseignements. L’Europe bénéficie d’un écosystème PE parmi les plus matures au monde, avec un deal flow industriel profond et des GPs au track record éprouvé. L’Asie, en revanche, compense un marché PE encore en construction par une surpondération du cash et des hedge funds, un positionnement qui pourrait évoluer à mesure que l’offre locale se structure.

La dette privée double et s’impose dans les portefeuilles des family offices

C’est le mouvement le plus marquant du rapport : l’allocation moyenne mondiale en dette privée a doublé en un an, passant de 2% en 2023 à 4% en 2024. [1] Les family offices qui ajustent leurs portefeuilles en 2025 prévoient de poursuivre cette tendance, avec un objectif moyen de 5%. [1] La dette privée est la classe d’actifs privés dont la croissance est la plus rapide dans l’enquête.

Ce doublement reflète une recherche de rendement dans un environnement où les taux directeurs amorcent leur décrue (tant aux États-Unis qu’en Europe) sans que les spreads de crédit privé ne se soient encore normalisés. Les family offices y voient un relais par rapport au fixed income traditionnel, avec des flux de revenus réguliers et une moindre corrélation aux marchés cotés.

Ce mouvement mérite toutefois de la nuance. Un CIO de family office européen cité dans le rapport tempère l’enthousiasme ambiant, soulignant que la dette privée reste une classe d’actifs récente et que les caractéristiques de risque-rendement ne l’ont pas encore pleinement convaincu. [1] Pour un investisseur privé, l’accès à la dette privée de qualité passe souvent par des fonds spécialisés dont les tickets d’entrée restent élevés. L’engouement actuel pourrait aussi comprimer les rendements futurs, à mesure que les capitaux affluent vers la classe d’actifs.

Actions cotées et cash : les vases communicants de l’allocation

L’allocation aux actions de marchés développés a progressé à 26% en 2024 (contre 24% en 2023), et les family offices ajustant leurs portefeuilles en 2025 visent en moyenne 29%. [1] En parallèle, le cash poursuit sa décrue, passant de 10% en 2023 à 8% en 2024, avec un objectif de 6% en 2025 pour ceux qui modifient leurs allocations. [1]

Ce mouvement de bascule du cash vers les actions cotées est cohérent avec une stratégie de long terme axée sur la croissance structurelle. UBS identifie trois thèmes porteurs qui motivent cette réallocation : l’intelligence artificielle générative, les infrastructures énergétiques et la longévité (santé, biotech). [1] Les family offices semblent considérer que les marchés actions cotés offrent un accès plus liquide et diversifié à ces mégatendances que le venture capital, où les valorisations restent contestées.

Pour l’investisseur privé européen, ce mouvement a une implication directe : les family offices les plus sophistiqués du monde arbitrent une partie de leur exposition en faveur d’actions cotées thématiques. Ce n’est pas un rejet du non-coté, mais une reconnaissance que les marchés publics captent aussi l’innovation, avec plus de liquidité et des frais structurellement inférieurs. Le fixed income développé, après un sursaut à 16% en 2023, s’est stabilisé à 15% en 2024, signe que l’obligataire a perdu une partie de son attrait relatif dans un scénario de baisse des taux. [1]

Guerre commerciale et gestion du risque : diversifier sans changer de cap

Même avant l’annonce des tarifs douaniers américains d’avril 2025, 70% des family offices identifiaient la guerre commerciale mondiale comme le risque numéro un pour leurs objectifs financiers sur 12 mois. [1] Le conflit géopolitique majeur arrive en deuxième position (52%), suivi par l’inflation (44%). À cinq ans, la hiérarchie change : le conflit géopolitique passe en tête (61%), devant la récession mondiale (53%) et la crise de la dette souveraine (50%). [1]

L’aspect le plus instructif pour un investisseur privé réside dans la réaction face à ces risques. Malgré la turbulence, 59% des family offices prévoyaient de maintenir exactement le même niveau de risque sur les 12 à 18 mois suivants. [1] En entretien après le sell-off d’avril, ils ont réaffirmé leur fidélité à une allocation stratégique conçue pour traverser tous les cycles. Certains ont toutefois procédé à des ajustements tactiques, comme un family office de Hong Kong qui a déplacé une partie de son exposition actions des États-Unis vers l’Europe. [1]

Les outils de diversification privilégiés sont révélateurs : 40% des family offices misent davantage sur la sélection de gérants et la gestion active, 31% sur les hedge funds, et 19% sur les métaux précieux (en hausse de 5 points vs 2024). [1] Le défi principal reste de trouver le bon actif décorrélant : 38% le citent comme leur plus grande difficulté en matière de gestion des risques. [1] Dans un monde où obligations et actions peuvent chuter simultanément, la construction de portefeuille exige une sophistication croissante.

Le biais domestique américain, un risque à surveiller pour les allocataires européens

Les family offices américains concentrent désormais 86% de leurs actifs en Amérique du Nord, un record absolu en hausse continue depuis 74% en 2020. [1] Aucune autre région du monde ne présente un biais domestique aussi extrême. En comparaison, les family offices européens répartissent leurs actifs entre l’Europe de l’Ouest (44%) et l’Amérique du Nord (43%), conservant une diversification géographique nettement supérieure. [1]

Ce repli américain sur le marché intérieur s’explique par une décennie de surperformance des actifs US : profondeur des marchés de capitaux, croissance des résultats des entreprises technologiques, et un dollar fort qui rendait les actifs étrangers moins attractifs en termes de rendement ajusté du change. Un dirigeant de family office US cité dans le rapport résume la logique : beaucoup de familles américaines ont rapatrié leur cash, tandis que certaines familles non-US y investissaient aussi pour des raisons de sécurité et de profondeur de marché. [1]

Pour un investisseur privé européen, cette concentration américaine est un signal à double tranchant. D’une part, elle confirme que l’Amérique du Nord reste le marché de référence pour les family offices du monde entier (53% des actifs mondiaux y sont investis en moyenne globale). D’autre part, un éventuel renversement de la tendance, si l’exceptionnalisme US se normalise, pourrait générer des flux significatifs vers l’Europe et l’Asie-Pacifique. Ce n’est pas un scénario théorique : 35% des family offices mondiaux prévoient d’augmenter leurs investissements en Asie-Pacifique (hors Grande Chine) sur cinq ans, contre 32% pour l’Amérique du Nord. [1] Le même dirigeant américain anticipe d’ailleurs un retournement, estimant que les événements récents ont « secoué l’arbre » et que les choses restent « très fluides ». [1]

🎯 En résumé

Le rapport UBS 2025 révèle des divergences profondes entre régions sur le private equity. L’Europe et les États-Unis partagent la conviction la plus forte du panel (27% en PE), là où l’Asie reste en retrait (11% à 15%) du fait d’un écosystème PE local moins mature et moins profond, un écart que le contexte géopolitique ne fait que renforcer. En parallèle, la dette privée s’impose comme le relais de rendement favori (x2 en un an) et les actions cotées thématiques gagnent du terrain au détriment du cash. Pour l’investisseur privé européen, le message est clair : la conviction européenne sur le PE reste l’une des plus fortes au monde, adossée à un écosystème buyout qui n’a pas d’équivalent en Asie, et la diversification entre PE, dette privée et actions cotées n’a jamais été aussi pertinente.

Sources

[1] UBS Global Wealth Management, Global Family Office Report 2025, 6ᵉ édition, enquête en ligne auprès de 317 family offices clients UBS (patrimoine familial moyen : 2,7 Md$, AuM moyen : 1,1 Md$), conduite du 22 janvier au 4 avril 2025, complétée par des entretiens qualitatifs d’avril-mai 2025 (mai 2025). Consulter l’étude ↗

Les family offices européens allouent 27% au private equity et doublent la dette privée : comment construire une allocation comparable à votre échelle ?

Échangez avec un conseiller spécialiste du Private Equity (sans engagement)

Échanger avec un expert →

Laisser un commentaire

Dernière mise à jour le : 20/02/2026 |