Private Equity

Carried interest en private equity : fonctionnement, hurdle rate et pièges à éviter

20% des profits, waterfall européen contre américain, hurdle composé vs simple : décryptage complet du mécanisme, des standards de marché, et de ce qu’il faut vérifier avant de signer.

📋 Sommaire

⚡ Les points essentiels

  • Standard du marché : 20% des profits au-delà d’un hurdle rate de 8%, norme confirmée sur 92% des fonds analysés par Metrick & Yasuda (2010)[1]
  • Frais cachés : les management fees représentent en pratique les deux tiers des revenus GP. Négocier uniquement le taux de carry, c’est manquer l’essentiel
  • Waterfall européen vs américain : jusqu’à 15M€ de différence sur un fonds
  • Pouvoir de négociation : 15–18% de carry possible selon votre ticket

📊 Qu’est-ce que le carried interest ? La définition que votre banquier ne vous donnera pas

Imaginez cette situation : vous confiez 100M€ à une équipe de gestionnaires de private equity. Cinq ans plus tard, votre investissement vaut 250M€. Qui touche quoi sur ces 150M€ de gains ? C’est là qu’intervient le carried interest (ou « carry » pour les intimes).

En termes simples, le carried interest représente la part des profits que touchent les gestionnaires d’un fonds d’investissement une fois que vous, l’investisseur, avez récupéré votre capital et un rendement minimum. Cette part s’établit à 20% des bénéfices au-delà d’un certain seuil de performance dans la très grande majorité des cas. La norme n’est pas un usage informel : une étude portant sur 238 fonds buyout et venture levés entre 1993 et 2006 établit que 92% d’entre eux appliquaient précisément ce taux de 20%.[1]

⚠️ Note méthodologique sur les exemples chiffrés de cet article

Les calculs de hurdle qui suivent utilisent un modèle simplifié d’appel de capital intégral au jour J (formule Capital × (1+r)n). Dans la réalité d’un fonds PE classique, le capital est appelé progressivement sur 3 à 5 ans : le hurdle s’applique alors sur chaque tranche à partir de sa date d’appel effective, ce qui réduit mécaniquement le montant absolu du hurdle en euros par rapport aux projections ci-dessous. Ce modèle simplifié reste valable pour comparer deux structures de hurdle entre elles, et s’applique directement à un co-investissement immédiat. Pour un fonds classique, le Multiple Net (TVPI) est la métrique de référence : un fonds qui distribue 2,0x votre capital appelé a rempli son contrat indépendamment de la durée.

📊 Exemple illustratif : Répartition sur un fonds de 500M€ (hurdle composé 8%/an, horizon 7 ans, modèle simplifié capital appelé J0)

Capital levé total 500M€
Investisseurs (LP) 495M€
Valeur finale après 7 ans 1 000M€
Hurdle composé 8%/an (intérêts cumulés)* 357M€
Profits au-delà du hurdle 143M€
Carried interest (20%)
28,6M€

* Calcul simplifié (capital appelé intégralement au J0) : 500M€ × (1,087 − 1) = 500M€ × 0,7138 = 356,9M€ d’intérêts hurdle cumulés. Le total LP target = 500 + 357 = 857M€. Profits au-delà = 1 000 − 857 = 143M€. Dans un fonds à appels progressifs, le hurdle cumulé en euros serait inférieur, le capital de référence n’étant pas investi en totalité dès le premier jour. Ce modèle illustre la structure du waterfall sans prétendre à la précision d’un calcul TRI sur flux réels.

Négociation possible : Dans certains fonds, notamment les premiers d’une nouvelle société de gestion, le carry peut être négocié à 15% au lieu de 20%. Sur notre exemple, cela représente environ 7M€ d’économie pour les investisseurs (5% × 143M€ = 7,15M€).

⚙️ Comment fonctionne vraiment le mécanisme du carried interest ?

Cascade waterfall européen — qui touche quoi sur 250M€ ? Fonds 100M€ → 250M€ sur 5 ans (multiple 2,5×) — hurdle 8% composé, catch-up 100%, carry 20% 250 M€ 200 M€ 150 M€ 100 M€ 50 M€ 0 1 2 3 4 Capital LP 100 M€ Hurdle LP 46,9 M€ (8% composé / 5 ans) Catch-up GP 11,73 M€ GP 20% 18,27 M€ LP 80% 73,1 M€ Total LP 220 M€ (88% du fonds) Total GP 30 M€ (12% du fonds) Ordre de paiement (de la gauche vers la droite) Distribution LP (investisseur) Distribution GP (gestionnaire) Schéma indicatif construit selon la mécanique standard d’un waterfall européen avec catch-up 100% (carry 20%, hurdle 8% composé). Référence : ILPA Principles 3.0 (2019), structure type des LPA Buyout. Cascade waterfall européen Fonds 100M€ → 250M€ sur 5 ans — qui touche quoi ? 250 200 150 100 50 0 M€ 1 2 3 4 100 M€ 46,9 M€ (8% / 5 ans) 11,73 GP 20% 18,27 LP 80% 73,1 LP investisseur GP gestionnaire 1. Capital LP rendu 2. Hurdle LP (8% composé / 5 ans) 3. Catch-up GP 100% 4. Split 80/20 (LP 73,1 / GP 18,27 M€) Total LP 220 M€ (88%) Total GP 30 M€ (12%) Schéma indicatif — waterfall européen, catch-up 100%, carry 20%, hurdle 8% composé. Réf. : ILPA Principles 3.0 (2019).

Le hurdle rate : votre première ligne de défense

Le hurdle rate est le seuil de rendement (8% en standard de marché, fourchette 7-9% selon la stratégie[2]) que le fonds doit franchir avant que le GP ne touche son carried. Tant qu’il n’est pas atteint, chaque euro distribué vous revient intégralement. Au-delà des taux, deux paramètres déterminent réellement la protection offerte : le mode de calcul (composé vs simple) et le mode d’application (sur capital appelé ou capital engagé). Pour un décryptage complet du mécanisme, voir notre article dédié au hurdle rate.

Le waterfall : européen vs américain

Le « waterfall » détermine comment l’argent est distribué , et surtout quand le GP commence à toucher son carried. C’est là que tout se joue pour vous.

Avec le système américain, le GP encaisse son carry dès qu’un deal individuel est profitable, sans attendre de savoir comment le reste du portefeuille va se terminer. Concrètement : il peut avoir touché plusieurs millions sur ses trois premiers exits réussis, pendant que ses cinq derniers investissements perdent de la valeur. Vous avez peut-être récupéré moins que votre mise initiale sur l’ensemble du fonds. Et lui a déjà été payé. Avec le système européen, rien de tout ça n’est possible : le GP ne voit pas un euro de carried tant que vous n’avez pas récupéré l’intégralité de votre capital plus le hurdle sur l’ensemble du fonds. Le carry est versé une seule fois, à la fin, sur la performance globale.

D’après la Callan 2024 Private Equity Fees and Terms Study, la répartition réelle du marché global est sans appel : 54% des fonds utilisent un waterfall américain (deal-by-deal), contre environ un tiers pour le waterfall européen (fund-as-a-whole), le reste relevant de modèles hybrides.[4] Le modèle américain reste donc majoritaire, ce qui rend la vigilance sur les clauses de clawback d’autant plus déterminante. Deux écoles s’affrontent :

Critère Waterfall Européen Waterfall Américain Impact pour vous
Calcul du carry Global sur tout le fonds Deal par deal ✅ Européen
Versement du carry À la fin uniquement Sur chaque exit ✅ Européen
Protection capital Maximale Risque de surpaiement ✅ Européen
Clawback nécessaire Non Indispensable ✅ Européen
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Cas réel : Les dangers du waterfall américain

En 2022, un LP institutionnel a perdu 12M€ car le GP avait touché son carried sur trois exits à 4x, avant que le reste du portefeuille s’effondre. Waterfall américain, pas de clawback efficace.

🎯 Leçon à retenir : Le waterfall européen protège structurellement mieux les LP . En son absence, un escrow de 40% minimum sur le carried versé est généralement requis par les investisseurs institutionnels.

Le catch-up : le turbo des gestionnaires

Une fois le hurdle rate atteint, place au « catch-up ». C’est la phase où les gestionnaires rattrapent leur retard pour atteindre leur pourcentage cible de carried. Le taux de catch-up détermine la vitesse à laquelle le GP reçoit sa part dans cette phase , son impact réel dépend d’un paramètre souvent sous-estimé : la taille du bucket disponible après hurdle.

Quand le fonds performe très bien (2,5x, 3x), le bucket post-hurdle est généralement suffisant pour que le GP atteigne de toute façon sa cible, quel que soit le taux de catch-up. C’est sur les fonds qui performent juste au-dessus du hurdle que la clause devient décisive , précisément là où vous avez le moins envie de vous faire diluer.

📊 Impact du catch-up sur un fonds de 100M€ : scénario contraint (1,85x, modèle simplifié, capital appelé J0)

Valeur finale du fonds 185M€
Capital rendu aux LP 100M€
Hurdle composé 8%/an sur 7 ans (intérêts cumulés)* 71,4M€
Bucket post-hurdle disponible 13,6M€
Carry target GP (20% × 85M€ profits totaux) 17M€ (non atteignable ici)
Catch-up 100% → GP prend l’intégralité du bucket 13,6M€ au GP / 0 aux LP
Catch-up 50% → bucket partagé 50/50 6,8M€ au GP / 6,8M€ aux LP
Gain LP avec catch-up 50% vs 100%
6,8M€

* Modèle simplifié (capital appelé intégralement au J0) : 100M€ × (1,087 − 1) = 71,4M€. Total LP target = 171,4M€. Bucket post-hurdle = 185 − 171,4 = 13,6M€. La cible carry GP (17M€) excède le bucket disponible : le taux de catch-up détermine donc directement combien le GP capture dans cette enveloppe contrainte. Dans un fonds à appels progressifs, le hurdle en euros serait inférieur, mais la logique comparative entre catch-up 50% et 100% reste identique.

Les frais de gestion : l’autre face cachée

Au-delà du carried interest, les gestionnaires touchent des frais de gestion annuels, typiquement 2% des capitaux engagés. Ce point mérite une attention particulière : une analyse rigoureuse de 238 fonds montre que les frais fixes représentent en réalité environ les deux tiers des revenus totaux attendus du GP sur la durée de vie du fonds, le carried n’en représentant qu’un tiers.[1] La Callan 2024 Private Equity Fees and Terms Study confirme l’évolution récente : la médiane des management fees s’établit aujourd’hui entre 1,75% et 2% pendant la période d’investissement, avec un step-down moyen de 20 à 25 points de base après cette période (autour de 1,72% en moyenne).[4] Ce renversement de perspective change l’approche de négociation : le « 2 » du fameux « 2/20 » se discute désormais autour de 1,75%, et doit impérativement baisser une fois la phase d’investissement terminée.

Astuce de pro : Négociez un « management fee offset ». Tous les frais de transaction, monitoring fees, et broken deal fees viennent en déduction des frais de gestion. Économie potentielle : 20M€ sur la durée de vie d’un fonds de 500M€.

Ce que ça signifie concrètement pour votre ticket

Le contexte macroéconomique actuel pèse directement sur le moment où le carried interest se déclenche pour les LP. D’après le Bain Global Private Equity Report 2025, les fonds Buyout détiennent aujourd’hui deux fois plus d’actifs en portefeuille qu’en 2019, et le ratio d’inventaire (backlog) atteint 10,9x contre une moyenne historique de 6,9x.[7] Concrètement : les sorties bloquées retardent mécaniquement le franchissement du hurdle, et donc l’apparition de toute distribution carried.

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Profil 1-5M€ : Feeder Buyout, 200k€, 10 ans

Ticket de 200k€ via FPCI nourricier (structure standard sur les plateformes spécialisées, accessible aux particuliers ayant le statut AMF d’« Investisseur Averti » — seuil légal 100 000€). Hurdle composé 8%, carried 20%, fonds qui performe à 2x. Résultat : 134 609€ de gain net après carried. Le même fonds avec hurdle simple vous coûte 14 348€ supplémentaires en carried, paramètre vérifiable dès la lecture du term sheet, sans aucun pouvoir de négociation requis.

🎯 À retenir : Le feeder ajoute une couche de frais propre (0,5–1%/an) absente en accès direct. Sur 10 ans, c’est 10 000–20 000€ supplémentaires prélevés sur votre ticket. Pas rédhibitoire, mais à intégrer dans le calcul de rendement net.
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Profil 5M€+ : Accès direct, 1M€, 10 ans

Ticket de 1M€ en accès direct (sans feeder), réservé en pratique aux investisseurs ayant le statut AMF d’« Investisseur Professionnel » (ou statut « par option » via process KYC renforcé). Mêmes paramètres : hurdle composé 8%, carried 20%, fonds à 2x. Gain net après carried : 672 860€. À ce niveau, passer de 20% à 18% de carry représente 16 821€ supplémentaires sur ce seul investissement. Et obtenir un management fee offset sur les transaction fees peut représenter 50 000 à 100 000€ récupérés sur la durée du fonds, proportionnellement à votre quote-part.

🎯 Différence clé vs feeder : l’accès direct élimine la couche de frais intermédiaire (0,5–1%/an), soit 50 000 à 100 000€ préservés sur 10 ans sur ce ticket. C’est le principal argument économique de l’accès direct au-delà de 500k€.

🎯 Négocier sa structure : ce qui se discute vraiment

Soyons directs. Pour des tickets de quelques centaines de milliers d’euros, la négociation des paramètres carried ne se pose tout simplement pas. Ce n’est pas une critique : c’est la réalité mécanique de la levée de fonds. Mais ça ne vous dispense pas de comprendre le mécanisme : les paramètres décrits dans cet article sont précisément ce qui vous permet de comparer deux propositions et de choisir la meilleure, pas la plus joliment présentée.

D’après la Preqin Global Private Equity Report 2025, le carried moyen des fonds Buyout s’établit à 19,7% (avec hurdle de 8% en référence), confirmant la robustesse de la règle des « 20% » sur les stratégies de référence. À titre de comparaison, les stratégies secondaires sont structurellement moins gourmandes : 12,7% de carried moyen et hurdle à 7,9%.[5]

Pour des tickets significatifs (à partir de quelques millions), trois paramètres deviennent négociables : taux de carried (15–18% accessible selon le ticket), type de catch-up (50% vs 100%), hurdle rate (mode simple vs composé, taux 6-9%). Ce qui change à ce niveau, c’est moins le rapport de force que le coût d’opportunité pour le GP de vous convaincre.

Quand les gros LP négocient pour vous sans le savoir

Il arrive que des investisseurs institutionnels aient obtenu des structures alternatives lors de la levée, et que ces structures soient ensuite proposées au choix à l’ensemble des souscripteurs, y compris les tickets plus modestes. C’est plus fréquent qu’on ne le croit.

Exemple concret, observé sur un fonds européen mid-cap récent :

📊 Double système de hurdle : Multiple vs IRR

Classes A–D : Hurdle en multiple (1,4x) Preferred Multiple Return
Classes E–H : Hurdle en IRR (8% composé) Preferred IRR Return

En pratique, voilà ce que ça signifie pour vous :

Le hurdle multiple (1,4x) est simple et lisible : le GP ne touche rien tant que vous n’avez pas récupéré 140% de vos capitaux appelés, indépendamment du temps. Si le fonds sort ses positions en 2 ans avec un beau multiple, vous bénéficiez pleinement de ce timing. Le GP n’est pas avantagé par la rapidité. En revanche, si le fonds traverse une période difficile et met 12 ans pour atteindre ce 1,4x, le carried se déclenche quand même. Le temps ne vous protège pas.

Le hurdle IRR (8% composé) fonctionne à l’inverse : chaque année qui passe sans distribution fait mécaniquement grossir la barre que le GP doit franchir. Sur 12 ans à 8% composé, le hurdle cumulé représente environ 2,52x vos capitaux appelés, bien au-dessus du 1,4x du premier système. En cas de crise qui rallonge la durée de vie du fonds, c’est structurellement plus aligné avec vos intérêts.

Ce choix n’est pas universel et dépend intrinsèquement de la stratégie sous-jacente du fonds. Un fonds de dette privée ou d’infrastructure, dont les distributions sont régulières et prévisibles, se prête naturellement à un hurdle en IRR. Un fonds Venture Capital, dont les rendements sont concentrés sur quelques sorties à fort multiple, repose davantage sur la logique du TVPI absolu. Le contexte macroéconomique joue également : en environnement de taux élevés, un hurdle IRR à 8% peut devenir plus difficile à franchir même pour un fonds qui a bien géré son portefeuille.

⚠️ Le scénario inverse à ne pas négliger

Si le fonds sort tout en 4 ans avec un 2x, l’IRR dépasse 18-20% : le GP passe le hurdle haut la main et touche son carried sur une grosse base. Dans ce scénario de performance rapide, le multiple 1,4x aurait mieux protégé les LP.

Le système IRR se justifie quand un scénario de sortie longue, voire de stress sur les valorisations, paraît plus probable que l’exit express à 2 ans. C’est un choix structurant, pas une vérité absolue. L’enjeu est de comprendre les conséquences du paramètre choisi avant de signer le LPA, et de modéliser les deux structures sur les scénarios pessimistes les plus crédibles pour la stratégie du fonds.

Le co-investissement : la structure où le carried disparaît

Il existe un cas particulier que la plupart des articles sur le carried interest ne mentionnent jamais, parce qu’il concerne un accès qui reste rare : le co-investissement direct aux côtés du GP sur une opération identifiée.

La logique est différente d’un fonds classique. Vous n’investissez pas dans une enveloppe diversifiée avec des appels progressifs sur 3 à 5 ans. Vous co-investissez sur une ligne précise aux côtés du GP, avec des conditions structurellement avantageuses : absence de frais de gestion et carried réduit ou nul sur la tranche co-invest. Le GP ne vous fait pas payer pour l’accès : il vous amène dans le deal parce qu’il a besoin de capital complémentaire ou veut renforcer la relation avec vous.

Le marché du co-investissement a atteint un record en 2024 avec 33,2 milliards de dollars levés, mais cette manne s’est concentrée sur seulement 40 transactions, le plus faible nombre de deals depuis 2013.[6] Autrement dit : la solution royale pour échapper au carried existe, mais elle se concentre sur un nombre restreint de gros deals, la réservant de fait au persona 5M€+ avec relations institutionnelles établies.

📊 Impact concret du zéro carried : co-invest 800k€, 5 ans, 2,3x

Montant co-investi 800 000€
Valeur finale (2,3x) 1 840 000€
Frais et carried en structure fonds classique ~212 908€
Frais et carried en co-invest 0€
Gain supplémentaire vs fonds classique
~212 908€

Structure classique de référence : hurdle composé 8%/5 ans sur 800k€ (375 462€ en modèle simplifié J0 : 800 000 × (1,08⁵ − 1) = 375 462€), bucket post-hurdle = 664 538€, carried 20% = 132 908€ + frais de gestion 2%/an × 5 ans = 80 000€. Total prélevé ≈ 212 908€. En co-invest sans frais ni carried : 0€.

⚠️ Ce que le co-investissement n’est pas

L’absence de carried ne signifie pas l’absence de risque, c’est l’inverse. Vous êtes exposé à une seule ligne, sans diversification intra-portefeuille. Si l’opération échoue, il n’y a pas d’autres participations pour compenser. Le co-investissement s’intègre dans une logique de portefeuille PE déjà constitué, pas comme point d’entrée.

Accès en pratique : Les opportunités de co-investissement circulent d’abord entre LP institutionnels, puis descendent vers les LP significatifs selon les relations et la taille du ticket. En dessous de 500k€, l’accès est exceptionnel. Les family offices qui co-investissent régulièrement construisent cette relation sur plusieurs millésimes, pas sur un seul ticket.

🚨 Points de vigilance et pièges à éviter

Les red flags à identifier

Le risque de trop-perçu carried n’est pas théorique. Une enquête Paul Weiss / Upwelling Capital Group relayée par Private Equity International en septembre 2024 estime qu’environ 1 fonds sur 14 (~7%) est aujourd’hui à risque de devoir restituer du carried (clawback). Pour s’en prémunir, 64% des fonds en 2024 ont intégré des clauses de vérification intermédiaire (interim clawbacks), évitant d’attendre la liquidation finale du fonds (année 10) pour constater un trop-perçu.[8] Exiger une telle clause dans le LPA fait désormais partie des standards LP.

⚠️ Signaux d’alerte critiques

  • 🚩 Hurdle rate inférieur à 6% : signal d’alerte structurel, sauf justification explicite dans le LPA
  • 🚩 Absence de clawback clair dans le LPA : si le GP a touché son carried sur les premiers exits mais que le fonds finit en queue de peloton, vous n’aurez aucun recours pour récupérer ce trop-perçu
  • 🚩 Pas d’interim clawback : sans vérification intermédiaire, le trop-perçu ne se constate qu’à liquidation, parfois 10 ans après les premiers exits
  • 🚩 GP commitment uniquement en fee waiver : absence d’alignement réel
  • 🚩 Carried supérieur à 20% : justification exceptionnelle requise
  • 🚩 Recyclage du capital illimité : dilution cachée de vos rendements

Les erreurs classiques des investisseurs

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Erreur n°1 : Focus exclusif sur le carried

Un family office a négocié le carry de 20% à 18% mais accepté des management fees à 2,5% au lieu de 2%.

🎯 Résultat : Perte nette de 8M€ sur la durée du fonds. Ce scénario illustre un biais documenté dans la littérature académique : les frais de gestion représentent en pratique la plus grande part des revenus GP (environ deux tiers du total selon l’analyse de Metrick & Yasuda (2010) sur 238 fonds).[1] Se concentrer uniquement sur le taux de carry revient à négocier la partie visible de l’iceberg.
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Erreur n°2 : Waterfall américain sans protection

Un institutionnel français a accepté un waterfall américain sans escrow suffisant sur un fonds tech.

🎯 Résultat : Perte de 15M€ en 2023. Le GP a été dissous, partners introuvables. Aucun recours possible.

Erreur n°3 : Négliger la différence hurdle composé vs simple. Sur 10 ans, la différence peut représenter 35% de protection en plus. C’est mathématique et non négociable.

Les bonnes pratiques des pros

  • Side letters : les investisseurs institutionnels demandent systématiquement les side letters des autres LPs importants
  • Modéliser 3 scénarios : pessimiste, base, optimiste
  • Négocier en package : si vous cédez sur un point, obtenez une contrepartie
  • Documenter chaque accord dans une side letter détaillée
  • Prévoir une clause de sortie après 5 ans si performance < hurdle

📌 L’essentiel à retenir sur le carried interest

Le carried interest en private equity, c’est le nerf de la guerre entre investisseurs et gestionnaires. 20% des profits pour ceux qui gèrent votre argent, ça peut sembler raisonnable… ou excessif selon votre côté de la table.

Les équipes de gestion argumentent que c’est leur principale source de rémunération variable et leur motivation pour générer de la performance. Ce qu’on oublie souvent : d’après l’analyse de 837 fonds sur la période 1984–2010, des frais plus élevés ne sont pas statistiquement associés à une sous-performance nette.[3] Ce n’est pas une raison de ne pas négocier : c’est une raison de négocier avec méthode plutôt qu’à l’aveugle. Les investisseurs peuvent obtenir des garde-fous structurels reconnus par le marché : hurdle rate élevé et composé, waterfall européen, clawback renforcé.

⚠️ La règle d’or

Il est difficile de corriger une structure de carried après signature : les conditions d’un LPA se négocient en amont du closing. Si un GP refuse tout échange sur ces paramètres, le marché européen compte plusieurs milliers de fonds actifs. La sélection rigoureuse fait partie du travail de l’investisseur averti.

📎 Sources

  1. [1] Metrick A. & Yasuda A., The Economics of Private Equity Funds, Review of Financial Studies, Vol. 23, n°6 (2010). Échantillon de 238 fonds buyout et venture, 1993–2006. stanford.edu
  2. [2] ILPA (Institutional Limited Partners Association), ILPA Principles 3.0 — Fostering Transparency, Governance and Alignment of Interests (2019) ; Preqin, Global Private Equity Report (2024). Hurdle rate de référence situé entre 7% et 9% selon la stratégie. ilpa.org
  3. [3] Robinson D.T. & Sensoy B.A., Do Private Equity Fund Managers Earn Their Fees? Compensation, Ownership, and Cash Flow Performance, Review of Financial Studies, Vol. 26, n°11 (2013). Échantillon de 837 fonds, 1984–2010. academic.oup.com
  4. [4] Callan, 2024 Private Equity Fees and Terms Study. Répartition observée des waterfalls (54% américain, ~33% européen, reste hybride) et fourchette des management fees Buyout (1,75–2% avec step-down moyen post-période d’investissement). callan.com
  5. [5] Preqin, Global Private Equity Report 2025. Carried interest moyen Buyout 19,7% vs 12,7% sur les stratégies de secondaires, illustration que le standard 20% n’est pas universel. preqin.com
  6. [6] Chronograph, Co-Investment Activity Report 2025. 33,2 milliards $ déployés en co-investissement sur 40 deals dans l’échantillon analysé, témoignant de la forte hausse de cette structure d’accès. chronograph.pe
  7. [7] Bain & Company, Global Private Equity Report 2025. Backlog de portefeuille record à 10,9x le volume annuel de sorties (vs ~6,9x en moyenne historique), allongeant les durées de hold et la matérialisation effective du carried. bain.com
  8. [8] Paul, Weiss / Upwelling Capital Group, étude relayée par Private Equity International (septembre 2024). Environ 1 fonds sur 14 (~7%) à risque de clawback ; 64% des fonds intègrent désormais une clause d’interim clawback. privateequityinternational.com

🤔 FAQ

Les questions les plus utiles avant de signer un LPA

Comment est imposé un investissement en FPCI pour un particulier français ?

Les distributions d’un FPCI sont soumises par défaut au PFU de 30% (12,8% d’IR + 17,2% de prélèvements sociaux). Si vous conservez vos parts plus de 5 ans et que le fonds respecte les conditions de l’article 163 quinquies B du CGI, les plus-values sont exonérées d’impôt sur le revenu — les prélèvements sociaux 17,2% restent dus. Le carried interest réduit indirectement votre rendement net en amont : à performance brute identique, un fonds carry 25% + catch-up 100% peut sortir un IRR net inférieur de 200 à 300 points de base à un fonds carry 20% + catch-up 50%.

💡 À retenir : L’exonération suppose que le fonds respecte les ratios d’investissement européen non coté et que vous conserviez vos parts plus de 5 ans.

Carried interest et fee waiver : quelle différence ?

Le carried interest est la part variable des profits versée au GP au-delà du hurdle. Le fee waiver est un dispositif distinct : le GP renonce à une partie de ses management fees en échange d’un GP commitment équivalent injecté dans le fonds. L’objectif côté GP est de convertir un revenu ordinaire (taxé au barème) en plus-value (taxation préférentielle). En France, ce mécanisme reste très peu utilisé sur les FPCI ; aux États-Unis, l’IRS l’a contesté à plusieurs reprises depuis 2015.

💡 À noter : Un fee waiver doit être analysé comme un investissement supplémentaire du GP, pas comme un véritable rabais sur les frais.

Qu’est-ce que le clawback et comment s’en assurer ?

Le clawback permet de récupérer du carried versé prématurément si la performance finale ne le justifie pas. Les investisseurs institutionnels conditionnent généralement leur participation à : un escrow de 40% minimum du carried versé, des garanties personnelles des partners, et un calcul « gross of taxes ». Sans clawback solide, vous risquez de perdre des millions en cas de retournement. Une enquête Paul Weiss / PEI 2024 estime qu’environ 1 fonds sur 14 est à risque de clawback ; 64% des fonds intègrent désormais une clause d’interim clawback évitant d’attendre la liquidation finale.[8]

💡 Point de vigilance : Un clawback sans garanties personnelles, ni clause d’interim clawback, présente une efficacité très limitée en pratique.

Comment vérifier l’alignement d’intérêts des gestionnaires ?

L’alignement d’intérêts se vérifie notamment par le GP commitment en cash (au minimum 1–2% du fonds, pas en fee waiver), un vesting du carried sur 4–5 ans et une key person clause. Si les gestionnaires ne risquent pas leur propre capital ou peuvent quitter le fonds avec leur carried rapidement, c’est un signal d’alerte sur la qualité de l’alignement.

💡 Signal positif : Les gestionnaires les plus alignés investissent souvent 3–5% du fonds en capital propre.

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Dernière mise à jour le : 09/03/2026 |